Célébrer la conspiration d'un dictateur: la France a la mémoire courte...
Par _ le vendredi 27 juin 2008, 20:35 - Lien permanent
Lettre ouverte à
M. Jean-Jack QUEYRANNE, président du conseil régional de Rhône-Alpes
Ugine, le 26 juin 2008.
Plombières (Vosges) fête le... 150e anniversaire de l'entrevue secrète de Napoléon III et Cavour.
Monsieur le président,
Nous venons d'apprendre avec effarement que vous faites partie du comité d'honneur des fêtes et cérémonies qui auront lieu les 19 et 20 juillet prochain à Plombières pour commémorer l'entrevue secrète du 21 juillet 1858 entre Napoléon III et Cavour.
Il est au demeurant peu ordinaire et fort peu républicain de célébrer publiquement, en France, une conspiration unissant un dictateur et son complice pour fomenter conquêtes et massacres. Mais quand il s'agit de l'entrevue qui marchanda en une journée d'été le destin des peuples de Savoie et de Nice, nous sommes révoltés de lire votre nom sur la liste du comité d'honneur, avec ceux de madame Laclais, maire de Chambéry, et de messieurs Gaymard et Monteil, présidents de nos deux conseils généraux, et Rigaut, maire d'Annecy. Mal conseillés ou mal inspirés, vous avez pourtant accepté d'y figurer. Il est encore temps de sauver l'honneur! Étant lyonnais, vous avez une excuse d'ignorance que vos collègues ne sauraient faire valoir. Mais comme président de la Région qui nous représente malgré nous, vous lirez avec profit le rappel historique qui suit.
Vous vous reporterez aux sources facilement accessibles: Paul Guichonnet, Histoire de l'annexion de la Savoie à la France, pp. 92 à 99 Jean de Pingon, Savoie française, histoire d'un pays annexé, pp. 22 à 31
Voici pour résumer l'affaire.
La célèbre entrevue de Plombières, qui fixa le destin de la Savoie, fut l'un des secrets diplomatiques les mieux gardés du XIXe siècle. (Paul Guichonnet) Ce honteux marchandage, qui scellait le destin de la Savoie et de Nice, est resté secret jusqu'en 1928, et pour cause! Le révéler aurait fait apparaître trop clairement que les plébiscites de 1860 n'étaient que des mascarades pour tenter de justifier l'annexion aux yeux inquiets de l'Europe. Au cours d'une journée de conversation, le 21 juillet 1858, fut conclu un pacte secret qui sera formalisé par le traité secret du 23 janvier 1859. Le contenu, connu partiellement à partir de 1883, ne sera révélé en détail qu'à partir de 1928 avec l'ouverture progressive des archives de Cavour. Le pacte combinait les ambitions de la France et du Piémont sur l'Italie. Il comportait les points suivants:
- mariage de Jérôme-Napoléon, cousin de Napoléon III, avec la princesse Clotilde, fille de
Victor-Emmanuel II; Jérôme-Napoléon, surnommé Plon-Plon, n'inspirait que dégoût, au physique comme au moral, à la princesse Clotilde, âgée de 16 ans...
- organisation secrète d'un incident à Modène pour déclencher la guerre;
- aide militaire de 200 000 soldats français pour conquérir la Lombardie et la Vénétie
appartenant à l'empire austro-hongrois;
- constitution d'un royaume d'Italie du nord pour Victor-Emmanuel, sous la tutelle de la France;
- cession de la Savoie et de Nice à la France;
- constitution d'un royaume d'Italie centrale confié à Jérôme-Napoléon;
- passage du Royaume de Naples à un proche de Napoléon III dès que possible.
Ce pacte fut réalisé en partie en 1859 avec le mariage de Clotilde (qui se résigna tristement à son sort et fut vite abandonnée par son époux), avec le massacre de Solferino San Martino, une des batailles les plus meurtrières du siècle (c'est sur ce champ de bataille que le Genevois Henri Dunant conçut le projet de la Croix-Rouge) et l'annexion de la Lombardie au Royaume de Sardaigne. Après une période de confusion de quelques mois, l'annexion de la Savoie et de Nice fut accomplie, malgré les protestations de l'Europe, au milieu de l'année 1860. Cette annexion était "justifiée" par la théorie fumeuse des frontières naturelles, ne tenant aucun compte de la situation des peuples. En prenant position sur la crête des Alpes, au Mont Cenis et au petit Saint-Bernard, la France se donnait les moyens d'intervenir à volonté en Italie, et ainsi de tenir la péninsule sous tutelle. La théorie des frontières naturelles engendrait une autre revendication: porter les limites de la France sur le Rhin en s'emparant de la Belgique et du Palatinat allemand. C'est pourquoi, comme l'avait prévu Friedrich Engels, Napoléon III déclara la guerre à la Prusse en 1870. On connaît la suite: défaite cuisante de 1870-1871, proclamation du IIe empire allemand à Versailles, intense propagande anti-boche (selon la terminologie officielle de l'époque) en France pour reprendre l'Alsace-Lorraine, "der des der" en 1914-1918, traité de Versailles humiliant pour l'Allemagne, succès du nazisme, deuxième guerre mondiale. L'Europe, après tant de destructions, perdait sa suprématie au profit des USA et de l'URSS. Compte tenu de ce qui est exposé ci-dessus, qui ne sera contesté que par quelques bonapartistes et hypernationalistes italiens ou français, nous vous demandons de vous retirer du comité d'honneur des fêtes de Plombières. Cette démarche est simple. Ainsi vous laisserez le thermalisme vosgien, le bonapartisme nostalgique et le nationalisme sans scrupules ni remords festoyer entre eux à Plombières, sans leur apporter la caution déshonorante de votre mandat électif. Je reste évidemment à votre disposition pour tout éclaircissement complémentaire.
Salutations. Patrice Abeille, Secrétaire général de la Ligue savoisienne.
Un
ultrasarkozyste chef «d'une camarilla bonapartiste», Le Faucigny du 10 juillet
2008.



Commentaires
110% d'accord !
Qu'ils nous laissent vivre libre sur notre territoire, c'est tout ce qu'on leur demande. ! ! savoie libre ! !
A Plombières aussi nous aimerions que le Maire nous lâche et nous laisse vivre...
Il a joué sur des noms connus pour embellir sa couronne, mais heureusement personne n'est venus!
ZARKOSY devait venir, ses ministre, ESTROSI....bla!bla!bla
Mince alors et dire qu'il y en a qui pensent que la France n'a jamais rattaché à son territoire que la Navarre, autrement dit le Béarn (d'où la bonne vieille expression "de France et de Navarrre) en 1620, alors qu'on oublie trop souvent que ce fut aussi le sort de Nice et de la Savoie un siècle et demi après.
Napoléon-Badinguet, dont les Philippe Séguin et autre grand jacobins se félicitent de trouver un modèle, l'empereur putchiste au triste bilan..
France fédérale ou désert culturel, il faudra choisir.